Le 27 juin
G.O.D (Gimmick Of the Day)
« Nombre de casaques roses devant la vitrine Promod : cinq, plus deux hommes verts, un boucher, un chien et une vieille liquéfiée – On affiche complet ! »
Place des Jacobins, assis dans la fontaine, je laisse les jets me crépiter sur le crâne et purifier mes pensées – Les vêtements collés, je me crois nu –
Un poisson passe –
38 °C et les tempes cognent –
38,5 °C début de fièvre, mon sang circule en circuit fermé, inonde mes fantasmes et dévale mon torse et mes bras pour se concentrer vers ce que je suis de plus sincère, au plus bas, vers mon cerveau tubulaire –
Corps spongieux qui distille par vagues la plus sensible des poésies – L’encéphale lui n’est jamais calme, toujours agité d’angoisses, de pulsions, de doutes, de phrases –
Le cerveau tubulaire, lui, ne connaît pas la fièvre ni les mirages, il se contente d’aller à l’essentiel, cerveau-sexe binaire qui dit oui, non, toujours, jamais –
Mes yeux brûlés voient du rose partout, des jupes, des bodys, des colliers, des bonbons, des chiennes en laisse tatouées, du rose-rouge, pâle, couvert de paillettes, des bouts de peaux, des morceaux de chair passés au scalpel, du rose aux lèvres, aux joues, du rose en cornet deux boules, tous les liens que fait mon cortex me ramènent de manière plus ou moins floue au rose vulvaire –
38,7 °C, hémisphères droit et gauche enlacés, ultra-développés pour voir toutes les images du rose, ce qui nous surclasse des animaux qui ne voient du rose que mamelles discrètes, petites et grandes lèvres, intime secret –
Le sang afflue et afflue encore derrière mes yeux, bientôt les vêtements disparaissent – Je ne vois plus de ces cinq casaques roses penchées sur la vitrine que cinq petites cochonnes aux fesses rebondies – La main de l’une sur le pubis de l’autre, sa langue rose tendue que la troisième suce comme un cône et les deux autres accroupies face à face en train d’uriner dans la rue –
38,9 °C, l’eau glacée me frappe le crâne, ruisselle dans la nuque, le sang bout dans mes mâchoires, je sens ma barbe qui pousse et mes ongles s’allonger – Les cinq roses se collent dos à la vitrine, bras en croix, jambes écartées –
Deux petits hommes verts en train de balayer la rigole pleine de capotes déroulées s’agenouillent sur le sol comme pour prier – Ils dévissent une plaque, sortent un long tube du sol, ouvrent les vannes et arrosent le massif de fleurs – Les roses écartent leurs bras, leurs jambes comme des pétales à la rosée –
39,7 °C, l’un des hommes verts a introduit le tuyau entre les jambes de l’une, elle gonfle, puis ouvre la bouche et recrache l’eau d’abord sale puis de plus en plus pure dans une cascade – Un berger allemand approche, s’assied devant la seconde et coince sa truffe dans son entrejambe – La vieille dame crachotante qui le tenait en laisse, retourne sa canne, et pénètre la troisième avec le manche pour l’attirer vers elle – Un boucher couvert de sang accoure vers la vieille dame un paquet à la main, il s’arrête devant la quatrième rose, tend le paquet sanguinolent à la vieille maquerelle, sort son aiguiseur, son couteau, affûte sa lame tranquillement, en disséquant du regard les parties tendres et les plus belles rondeurs pour son étalage –
40,2 °C, l’hémisphère droit implose, mon oeil gauche se ferme et le sang se précipite dans mon cerveau tubulaire – Je sens mon ventre se tordre et se remplir d’une douce chaleur – SENTIMENT – Il ne reste qu’une rose, parfaite – Envie de l’embrasser, envie de la sauver –
Je tends la main vers le massif en granit au bord de la fontaine, cueille la dernière rose, et la porte à mes lèvres – Cerveau tubulaire –
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Et le soir, Sans peur – Sans paix dit :
Paraît qu’il faut que j’arrête mes conneries… Paraît… Pas sûr que ce soit moi qui paraisse le plus !
Et les Panseurs pensèrent :
La vie est une rose dont chaque pétale est une illusion entre les mains,
et chaque épine une réalité entre les cuisses.
A.de Musset

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